Thursday, April 14, 2011

le monstre allemand

Hélène Ghestin, 40 ans

Rouge

Le 2 juillet 1919

Le traité qui conclut cette grande guerre vient d’être signé à Versailles la semaine passée et je demeure emplie de rage. Les Allemands, Les Allemands, moi, j’incarne le mépris et le dédain à ce peuple belliciste. Je m’accroche à leurs componctions, à leurs réparations, à leurs souffrances. J’écoute les avertissements de Foch– « ce n’est pas un traité de paix, c’est un armistice de vingt ans »– mais je n’entends rien que les gémissements de deuil. J’ai senti mes mémoires mais je n’ai rien à caresser, personne à racceuillir. J’ai vu les régiments défilés dans les rues de Paris, mais je n’ai point vu le mien, le régiment de mon mari et de mes fils. Ceux perdus, je veux la récompense entière et la justice sanglante. Je veux l’Allemagne dissous et son peuple affligé d’horreur à soi-même. Moi, je rentre au travail de mon défunt, à sa place ; je veux que chaque allemand porte sur son dos le poids de conscience d’un dépouille françaises qui reste omniprésent aux cœurs et aux esprits des français. L’Allemagne paiera, par sang, par briques, et par sous.