Tuesday, February 22, 2011

Au travail prolétariat: le terrassement

Gustave Ghestin 31, rouge.

Printemps, 1860


Au travail prolétariat: le terrassement

Avant hier, je vous aurais parlé de mon contentement de vie. Le terrassement, c’est un boulot qui me conviendrait. Contrairement au travail dans l’atelier, celui-ci me met au moins en plein air–loin des émanations de gaz et de vapeur étouffantes qui a aggravé la bronchite. Le travail d’aplanissement des collines est bien plus intense mais il me permet de parvenir à l’approvisionnement de ma famille. Tout cela m’aurait contenté jusqu’à hier. Mais hier, j’ai entendu l’urgence de mon contremaître autour de deux hommes qui nous invoque une révolution à nouveau. Ce Marx & Engels nous inspirent de verser la coupe d’inégalité qui reste au fond de notre société. Auparavant, nous blâmions les rois et les empereurs d’avoir pesé nos esprits et d’avoir épuisé nos poches– et ils étaient tous coupables. Mais c’est plutôt notre système le coupable, qui, ayant lancé la propriété privé et les conditions de travail, de loyer, et de gages qui la convient, enchaîne l’ouvrier et assouvit les goûts du bourgeois. La qualité de ce boulot ne me distrait que de l’inégalité suppressive qui nous gère et qui m’empêche de la vie à laquelle je peine. Le terrassement, dorénavant, je ne le supporte plus.

Wednesday, February 2, 2011

Une révolution détestable

L’été de 1831

Emmanuelle Ghestin, la veuve de Sylvain Ghestin. Toujours rouge. 41 ans

Je me croyais une révolutionnaire jusqu’au crépuscule de cette journée paradigmatique. Mais moi, je n’en suis un non plus parce que cette révolution mécanisée m’écrase. Moi, une fabriqueuse de matelasse depuis ma jeunesse, je suis entré dans une usine offrant mes mains–dont l’artisanat était sapé– au travail. J’étais fière de ma vue spécialisée pour les motifs compliqués mais je ne m’en sers jamais. Des manettes et des pignons ont remplacé la dextérité de mes mains. Et bien que ce bâtiment tumultueux et nocif accélère la vitesse de production de nos arts– n’appelé que biens désormais– il ne nous libère des machines qu’au bout de la nuit­– des heures de repose et de gages dérisoires pour le besogne que nous faisons. De cette révolution, je ne ferai pas partie.

De plus, les révolutionnaires de l’année dernière ont déjà oublié ce que notre unité de pouvoir a fait. L’espoir de changement n’est qu’une notion précaire et les trois journées glorieuses n’ont fait que nous confondre. Les chômeurs et les faims qui se trouvaient dans la rue se trouvent actuellement dans les usines industriels, contents de leur provision mais inconscient de leur manque de liberté et de justice.