Thursday, April 14, 2011

le monstre allemand

Hélène Ghestin, 40 ans

Rouge

Le 2 juillet 1919

Le traité qui conclut cette grande guerre vient d’être signé à Versailles la semaine passée et je demeure emplie de rage. Les Allemands, Les Allemands, moi, j’incarne le mépris et le dédain à ce peuple belliciste. Je m’accroche à leurs componctions, à leurs réparations, à leurs souffrances. J’écoute les avertissements de Foch– « ce n’est pas un traité de paix, c’est un armistice de vingt ans »– mais je n’entends rien que les gémissements de deuil. J’ai senti mes mémoires mais je n’ai rien à caresser, personne à racceuillir. J’ai vu les régiments défilés dans les rues de Paris, mais je n’ai point vu le mien, le régiment de mon mari et de mes fils. Ceux perdus, je veux la récompense entière et la justice sanglante. Je veux l’Allemagne dissous et son peuple affligé d’horreur à soi-même. Moi, je rentre au travail de mon défunt, à sa place ; je veux que chaque allemand porte sur son dos le poids de conscience d’un dépouille françaises qui reste omniprésent aux cœurs et aux esprits des français. L’Allemagne paiera, par sang, par briques, et par sous.

Tuesday, March 15, 2011

Les entrées de Guimard

Paul Ghestin, 22, rouge.

Le 20 juillet 1900.

Le travail est fini et comme je suis épuisé. Les jours dans l’atelier de ferronnerie de Msr Guimard ne se distinguaient plus– tout semble une longue journée de courber et de modeler du fer. Pourtant hier, nous avons récolté le fruit de notre travail à l’exposition universelle. Tout le monde assistant– ce qui inclut la gamme entière de la société française– continuait de parler de ses formes arrondies et bizarres qui ornent les entrées. J’ai vu de loin Msr Guimard en train d’expliquer le style de ses entrées. Elle ne m’a pas plu là mais, au moins, j’étais content de me figurer dans les changements qui se dévoilent partout dans ce Paris nouveau. Ce travail, ce Paris, c’est à ma taille : plus que la métropolitain de Paris vermifuge au-dessous des pieds mondains plus l’état me nourrit et ma famille en plus. Cette France bouge de vivacité sans sommeil– ce qui me fatigue–me rend également content. Finalement, je sens que je fais partie de quelque chose.

Tuesday, February 22, 2011

Au travail prolétariat: le terrassement

Gustave Ghestin 31, rouge.

Printemps, 1860


Au travail prolétariat: le terrassement

Avant hier, je vous aurais parlé de mon contentement de vie. Le terrassement, c’est un boulot qui me conviendrait. Contrairement au travail dans l’atelier, celui-ci me met au moins en plein air–loin des émanations de gaz et de vapeur étouffantes qui a aggravé la bronchite. Le travail d’aplanissement des collines est bien plus intense mais il me permet de parvenir à l’approvisionnement de ma famille. Tout cela m’aurait contenté jusqu’à hier. Mais hier, j’ai entendu l’urgence de mon contremaître autour de deux hommes qui nous invoque une révolution à nouveau. Ce Marx & Engels nous inspirent de verser la coupe d’inégalité qui reste au fond de notre société. Auparavant, nous blâmions les rois et les empereurs d’avoir pesé nos esprits et d’avoir épuisé nos poches– et ils étaient tous coupables. Mais c’est plutôt notre système le coupable, qui, ayant lancé la propriété privé et les conditions de travail, de loyer, et de gages qui la convient, enchaîne l’ouvrier et assouvit les goûts du bourgeois. La qualité de ce boulot ne me distrait que de l’inégalité suppressive qui nous gère et qui m’empêche de la vie à laquelle je peine. Le terrassement, dorénavant, je ne le supporte plus.

Wednesday, February 2, 2011

Une révolution détestable

L’été de 1831

Emmanuelle Ghestin, la veuve de Sylvain Ghestin. Toujours rouge. 41 ans

Je me croyais une révolutionnaire jusqu’au crépuscule de cette journée paradigmatique. Mais moi, je n’en suis un non plus parce que cette révolution mécanisée m’écrase. Moi, une fabriqueuse de matelasse depuis ma jeunesse, je suis entré dans une usine offrant mes mains–dont l’artisanat était sapé– au travail. J’étais fière de ma vue spécialisée pour les motifs compliqués mais je ne m’en sers jamais. Des manettes et des pignons ont remplacé la dextérité de mes mains. Et bien que ce bâtiment tumultueux et nocif accélère la vitesse de production de nos arts– n’appelé que biens désormais– il ne nous libère des machines qu’au bout de la nuit­– des heures de repose et de gages dérisoires pour le besogne que nous faisons. De cette révolution, je ne ferai pas partie.

De plus, les révolutionnaires de l’année dernière ont déjà oublié ce que notre unité de pouvoir a fait. L’espoir de changement n’est qu’une notion précaire et les trois journées glorieuses n’ont fait que nous confondre. Les chômeurs et les faims qui se trouvaient dans la rue se trouvent actuellement dans les usines industriels, contents de leur provision mais inconscient de leur manque de liberté et de justice.

Tuesday, January 25, 2011

Après la Bataille de la Bérézina

Le 1 décembre 1812


Sylvain Ghestin, rouge. 23 ans


Des jours après la bataille de la Bérézina


Nous avons traversé les eaux d’un désastre et je me cramponne à la vie comme les glaçons qui suffoquent ce terrain exécrable de la Russie. Nous avons diminué à quatre– Corantin, Aubin, Lesourd, et moi– dans notre brigade ; le reste est éparpillé ou mort. La rivière nous a empêché il y a cinq jours. À Borrisov, les russes nous attendaient et ce n’est que l’instinct habile de notre empereur que nous a sauvé. Mais, l’espoir que nous offre l’empereur s’en fuit avec lui. L’hiver nous entoure et n’arrête jamais de nous priver de nourriture et d’espoir.


Que fait de bon ce nouveau régime, où le peuple supporte les caprices des plus hauts ? La promesse de changement, c’est ce qui m’a tiré de la province. Mais, tout ce qui m’entoure, c’est la souffrance du roturier. On vante les mérites de la guerre pour la gloire de France ; je la comprends comme la main utile de dépeupler ceux qui font sa gloire.