Le 1 décembre 1812
Sylvain Ghestin, rouge. 23 ans
Des jours après la bataille de la Bérézina
Nous avons traversé les eaux d’un désastre et je me cramponne à la vie comme les glaçons qui suffoquent ce terrain exécrable de la Russie. Nous avons diminué à quatre– Corantin, Aubin, Lesourd, et moi– dans notre brigade ; le reste est éparpillé ou mort. La rivière nous a empêché il y a cinq jours. À Borrisov, les russes nous attendaient et ce n’est que l’instinct habile de notre empereur que nous a sauvé. Mais, l’espoir que nous offre l’empereur s’en fuit avec lui. L’hiver nous entoure et n’arrête jamais de nous priver de nourriture et d’espoir.
Que fait de bon ce nouveau régime, où le peuple supporte les caprices des plus hauts ? La promesse de changement, c’est ce qui m’a tiré de la province. Mais, tout ce qui m’entoure, c’est la souffrance du roturier. On vante les mérites de la guerre pour la gloire de France ; je la comprends comme la main utile de dépeupler ceux qui font sa gloire.
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