L’été de 1831
Emmanuelle Ghestin, la veuve de Sylvain Ghestin. Toujours rouge. 41 ans
Je me croyais une révolutionnaire jusqu’au crépuscule de cette journée paradigmatique. Mais moi, je n’en suis un non plus parce que cette révolution mécanisée m’écrase. Moi, une fabriqueuse de matelasse depuis ma jeunesse, je suis entré dans une usine offrant mes mains–dont l’artisanat était sapé– au travail. J’étais fière de ma vue spécialisée pour les motifs compliqués mais je ne m’en sers jamais. Des manettes et des pignons ont remplacé la dextérité de mes mains. Et bien que ce bâtiment tumultueux et nocif accélère la vitesse de production de nos arts– n’appelé que biens désormais– il ne nous libère des machines qu’au bout de la nuit– des heures de repose et de gages dérisoires pour le besogne que nous faisons. De cette révolution, je ne ferai pas partie.
De plus, les révolutionnaires de l’année dernière ont déjà oublié ce que notre unité de pouvoir a fait. L’espoir de changement n’est qu’une notion précaire et les trois journées glorieuses n’ont fait que nous confondre. Les chômeurs et les faims qui se trouvaient dans la rue se trouvent actuellement dans les usines industriels, contents de leur provision mais inconscient de leur manque de liberté et de justice.
Voilà! Vous voyez maintenant? Les révolutionnaires ont tort! Il n'y a que la monarchie pour la France! Là, il y a de la stabilité, la securité, la certitude. Vous revolutionnaires avez placé des idées stupides dans les mines des jeunes et maintenant rien n'est certain. Joignez-vous avec nous, les royalistes!
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